COVID-19 : quand la visite virtuelle a maintenu l’accès aux musées

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En mars 2020, les portes des musées se sont brutalement refermées. Expositions interrompues, visiteurs confinés, événements annulés : la crise du COVID-19 a rappelé à quel point l’accès à la culture pouvait devenir fragile du jour au lendemain.

Le phénomène était mondial. Au printemps 2020, près de 95 % des musées interrogés par l’ICOM déclaraient avoir fermé leurs portes.

À Bordeaux, la situation reste encore compliquée plusieurs semaines après la fin du premier confinement. À la fin du mois de juin 2020, le Muséum de Bordeaux n’est toujours pas ouvert quotidiennement et accueille le public uniquement certains jours.

C’est dans ce contexte très particulier que le Muséum décide de virtualiser son exposition temporaire « Afrique, Savane Sauvage », ouverte seulement quelques semaines avant le premier confinement.

À l’époque, l’objectif est évident : continuer à donner accès à l’exposition alors que le public ne peut plus, ou difficilement, venir jusqu’à elle.

Avec le recul, ce projet raconte pourtant quelque chose de plus large. Une visite virtuelle ne sert pas uniquement lorsqu’un musée doit fermer. Elle permet aussi de rendre une exposition accessible aux publics empêchés, de prolonger sa médiation au-delà des murs du musée et, surtout, de garder une trace d’une scénographie temporaire destinée à disparaître.

Retour en 2020, dans un Muséum de Bordeaux presque complètement vide.

2020 : virtualiser une exposition devenue difficilement accessible

Dans ce contexte, la direction du Muséum de Bordeaux décide de proposer une visite virtuelle de son exposition temporaire « Afrique, Savane Sauvage », dont le lancement avait eu lieu au début du mois de février 2020.

Affiche Afrique savane sauvage

J’ai donc eu le grand privilège de pouvoir déambuler dans les salles du Muséum complètement vides, accompagné d’un guide personnel.

L’expérience était assez particulière. Un musée est normalement associé aux visiteurs, aux discussions et aux mouvements. Cette fois, nous étions quasiment seuls au milieu des collections.

Après avoir fait un tour complet des salles du musée, nous descendons à l’étage inférieur où se trouve la salle des expositions temporaires.

L’exposition « Afrique, Savane Sauvage »

Plan de l'exposition Afrique, savane sauvage

Cette salle d’un peu plus de 250 m² accueille depuis février 2020 l’exposition « Afrique, Savane Sauvage ». On y trouve un grand nombre de spécimens du continent africain accompagnés d’explications sur les animaux et leur environnement.

L’estrade centrale est particulièrement impressionnante. Un lion majestueux y trône entouré de nombreuses espèces, du rhinocéros au zèbre en passant par le gnou.

L’exposition permet aussi de découvrir des espèces moins connues comme le Dik-dik de Kirk, le bontebok, la grue de paradis ou encore le grand indicateur, un petit oiseau au sifflement très particulier.

Le grand indicateur
Le grand indicateur

La visite virtuelle comme réponse à l’urgence culturelle

En 2020, la première fonction de cette visite virtuelle était simple : maintenir un lien entre le musée, son exposition et ses visiteurs malgré les restrictions d’accès.

Mais cette expérience a également mis en évidence plusieurs usages qui dépassent largement le contexte du COVID-19.

Maintenir un accès malgré la fermeture

Virtualiser une exposition ne permettra jamais de reproduire complètement une visite physique.

Et ce n’est pas forcément l’objectif.

La visite virtuelle permet de découvrir les espaces, comprendre la scénographie, observer une sélection de spécimens et accéder à différents contenus de médiation.

Elle constitue ainsi un premier contact avec l’univers du musée, que le visiteur soit temporairement dans l’impossibilité de venir ou simplement curieux de découvrir l’exposition avant de se déplacer.

Le numérique ne remplace donc pas nécessairement la visite physique. Il peut aussi donner envie de la poursuivre sur place.

Donner accès aux publics empêchés

Nyala

Le confinement a rendu tout le monde, temporairement, incapable de franchir les portes d’un musée.

Mais pour certains publics, cette difficulté d’accès n’a pas disparu avec la fin du COVID-19.

Personnes hospitalisées, résidents d’EHPAD, personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite, publics géographiquement éloignés : tout le monde ne peut pas se rendre physiquement dans un musée.

La visite virtuelle prend alors une autre dimension.

Elle ne sert plus seulement à promouvoir une exposition, mais à amener une partie de l’expérience culturelle jusqu’à ceux qui ne peuvent pas venir sur place.

Cette logique reste pleinement actuelle. Le ministère de la Culture souligne notamment l’intérêt des visites en ligne pour les personnes éloignées géographiquement ou rencontrant des difficultés pour se déplacer, avec des usages possibles auprès de publics en EHPAD ou en milieu hospitalier.

La visite virtuelle ne remplace évidemment ni les œuvres, ni les spécimens, ni l’émotion ressentie devant une véritable collection. Elle crée simplement une porte d’entrée supplémentaire vers le musée, accessible à distance.

Enrichir la visite avec des contenus multimédias

La virtualisation permet également d’ajouter une couche de médiation qui n’existe pas nécessairement sous cette forme dans l’exposition physique.

Dans « Afrique, Savane Sauvage », une bande-son accompagne par exemple les visiteurs. Derrière son écran, on se retrouve immergé dans l’ambiance sonore de la savane.

Les responsables du musée ont également sélectionné certains spécimens afin de leur consacrer des contenus complémentaires :

  • Gnou bleu : vidéo sur la migration des gnous
  • Péloméduse roussâtre : photo et texte
  • Jacana à poitrine dorée : photo et texte
  • Phacochère : vidéo
  • Hyène tachetée : photo et audio
  • Rhinocéros noir Kata-Kata : audio et vidéo
  • Grand indicateur : photo et audio
  • Vipère rhinocéros : photo et texte
  • Termites : vidéo et texte
  • Hippotrague noir : photo et texte
  • Suricate : photo, texte et vidéo
  • Daman du Cap : photo et texte
  • Tisserins gendarmes : vidéo
  • Grue de paradis : photo et texte
  • Dik-dik de Kirk : photo et texte

Le phacochère

L’ensemble de ces contenus est interactif et contribue à enrichir l’expérience derrière l’écran.

Mais il faut garder une chose en tête : ils ne représentent volontairement qu’une partie des spécimens présents dans l’exposition.

Il reste beaucoup à découvrir sur place.

Une visite virtuelle ne remplace pas le musée

C’est probablement l’un des principaux enseignements de cette expérience.

Une visite virtuelle n’a pas vocation à reproduire parfaitement une visite physique.

Devant son écran, impossible de retrouver complètement les dimensions d’un spécimen, l’atmosphère d’une salle ou cette sensation particulière que procure la découverte d’une œuvre ou d’un animal naturalisé à quelques mètres de soi.

En revanche, le numérique peut compléter l’expérience physique plutôt que chercher à la remplacer.

Il permet de préparer sa visite, de revenir sur certains contenus après son passage au musée ou d’accéder à l’exposition lorsqu’un déplacement est impossible.

Cette complémentarité est justement ce qui rend la visite virtuelle intéressante au-delà du contexte exceptionnel de 2020.

Garder une trace des expositions temporaires

Une exposition temporaire porte bien son nom.

Quelques mois après son ouverture, les vitrines sont démontées, les spécimens retournent dans les collections et toute une scénographie pensée pendant des mois finit par disparaître.

Une fois réalisée, la visite virtuelle interactive permet d’en conserver bien davantage que quelques photographies.

Elle garde une trace de l’organisation des espaces, de la scénographie, des contenus de médiation et du parcours imaginé par les équipes du musée.

Plusieurs années après le démontage d’une exposition, il devient ainsi possible de retrouver une partie de celle-ci dans son contexte d’origine.

Dans le cas d’« Afrique, Savane Sauvage », cette dimension prend un sens supplémentaire. La visite conserve la mémoire d’une exposition présentée pendant une période exceptionnelle de l’histoire des musées, celle où le public ne pouvait justement plus accéder normalement à leurs salles.

La virtualisation répond finalement à deux problématiques : rendre accessible aujourd’hui et conserver pour demain.

Ce que le COVID-19 nous a appris sur les musées virtuels

En 2020, le numérique s’est souvent imposé dans l’urgence.

Les musées fermés ont dû trouver de nouvelles manières de maintenir un contact avec leurs visiteurs, de diffuser leurs collections et de poursuivre une partie de leurs missions culturelles.

L’ICOM a d’ailleurs constaté pendant la pandémie une forte augmentation des activités numériques et de la communication en ligne des musées.

Six ans plus tard, l’intérêt de ces dispositifs ne doit pourtant pas être réduit au confinement.

L’expérience du Muséum de Bordeaux montre qu’une exposition virtuelle peut répondre à trois objectifs complémentaires :

  • Maintenir l’accès lorsqu’une visite physique devient temporairement impossible.
  • Élargir l’accès aux personnes qui ne peuvent pas facilement se déplacer jusqu’au musée.
  • Conserver une trace d’une exposition temporaire après son démontage.

Le COVID-19 a accéléré l’utilisation de ces outils. Il a surtout permis de rappeler quelque chose de beaucoup plus durable : l’accès à la culture ne doit pas nécessairement s’arrêter aux portes d’un musée.

Visiter l’exposition virtuelle « Afrique, Savane Sauvage »

Lion

Pour terminer ce retour en 2020, il reste évidemment une question : peut-on encore découvrir l’exposition virtuelle « Afrique, Savane Sauvage » du Muséum de Bordeaux ?

La visite avait été mise en ligne à l’adresse :

https://savane.museum-bordeaux.fr